En France, depuis 1997, les autorités ont progressivement banni l’usage de l’amiante. Or, avant cette date, au cours de nombreuses décennies, beaucoup de personnes ont été exposées à l’amiante dans le cadre professionnel, sans même le savoir ni avoir conscience des risques sanitaires que cela impliquait. La période de latence des maladies liées à l’exposition à l’amiante étant longue, certaines de ces personnes commencent tout juste à présenter des symptômes. Quelles sont les industries où l’amiante était (ou est toujours) le plus présent ? Telle est la question qui nous intéresse dans cet article.
Les industries où il existe des risques professionnels liés à l’amiante
La plupart des travailleurs qui ont été exposés à l’amiante l’ont été dans un environnement industriel. En effet, travailler dans des domaines tels que la mécanique, le travail du plâtre, l’électricité, la gestion de produits isolants, le travail dans les mines, la plomberie, la chauffagerie ou encore les chemins de fer a impliqué, voire implique toujours, des risques d’exposition importants pouvant mettre en danger la santé.
Même si, comme vous pouvez le voir, les foyers d’exposition sont nombreux, nous avons ici décidé de nous centrer sur trois environnements professionnels bien particuliers : le bâtiment, les chantiers navals et les écoles.
Pour comprendre toutes les étapes d’un projet de désamiantage, nous vous invitons à consulter ce guide complet sur le désamiantage.
1. Le bâtiment
Jusque 1997, les ouvriers du bâtiment étaient l’un des groupes présentant le plus de risques en termes d’exposition à l’amiante. En effet, les bâtiments construits entre le début des années 1920 et 1997 contenaient pour la plupart des produits amiantés dans les murs, les sols, les plafonds, les matériaux isolants, les tuyaux ou encore les chaufferies.
Sans équipements de protection contre l’amiante, les ouvriers entraient en contact direct avec l’amiante lors des chantiers de construction et des opérations de maintenance (rénovation ou démolition de certaines parties des bâtiments construits). Et ce n’est pas tout, car sans le savoir, ils mettaient aussi en danger la santé des membres de leur famille en les exposant aux fibres d’amiante qu’ils ramenaient à la maison qui se trouvaient sur leurs tenues de travail ou bien directement sur leur peau.
Même l’exposition à une toute petite quantité d’amiante (lors des chantiers de construction ou des opérations de réparation ou de démolition) peut donner lieu à de graves problèmes de santé et causer l’apparition de maladies telles que l’asbestose, le mésothéliome, le cancer du poumon ou encore d’autres cancers, comme nous vous le disions dans notre dernier article.
2. Les industries où le danger que représente l’amiante est plus que réel : les chantiers navals
Les dockers et constructeurs de navires ont été exposés à l’amiante pendant des décennies. Beaucoup ont développé des maladies telles que l’asbestose ou le mésothéliome. Lors de la Seconde guerre mondiale, les constructeurs de navires ainsi que le personnel militaire ont été très souvent exposés à des chaudières, des tuyaux de vapeur, des isolants muraux, des turbines, des revêtements de tuyauterie, des joints, des pompes, du ciment et d’autres produits encore contenant de l’amiante.
Ceux qui travaillaient sur des tuyaux, des chaudières et autres éléments que l’on peut trouver sur un chantier naval pollués par l’amiante étaient aussi exposés à la poussière alors libérée dans l’air. Ainsi, réparer un vieux navire, qui contient très certainement de l’amiante, pose de véritables risques sanitaires.
Quant aux dockers, à savoir les ouvriers chargés de charger et décharger les navires, eux aussi s’exposaient dangereusement à l’amiante lorsqu’ils manipulaient des produits isolants et ignifuges. Avant 1997, certains ont-ils peut-être même chargé une quantité considérable de sacs de fibres d’amiante provenant de divers ports. Dans la plupart des cas, ils n’étaient pas informés de la dangerosité de ce matériau et ne prenaient donc pas de précautions particulières en manipulant ces sacs.
Dans un de nos précédents articles, nous faisons référence au chantier naval de la Ciotat, l’un des plus réputés d’Europe, où l’activité de construction a été très importante entre 1850 et 1987. Nombre des ouvriers y ayant travaillé ont aujourd’hui développé de graves maladies. Retour plus détaillé sur l’histoire de ce chantier naval.
3. Les écoles
Les employés scolaires sont “les travailleurs municipaux oubliés” ; c’est ainsi que les a qualifiés DL Alexander, membre de la Fédération américaine des professeurs. En effet, les bâtiments scolaires dégradés du parc français dont la construction date d’avant 1997 présentent une mauvaise qualité d’air à l’intérieur, ce qui ouvre donc la voie à une exposition potentielle à l’amiante.
Les écoles ayant été construites entre les années 1940 et les années 1970 contiennent toutes très certainement de l’amiante, matériau ayant été massivement utilisé à cette période. La liste de matériaux contenant de l’amiante (MCA) inclut des matériaux de construction communs tels que les produits isolants, les revêtements des tuyaux, les dalles de plafond et de sol, les tuiles de toits ou encore le plâtre, mais aussi d’autres produits moins fréquents tels que les sous-mains, les rideaux de théâtre ignifuges et les soubassements de tableaux noirs. Des fibres d’amiante peuvent être libérées dans la salle de classe si ces matériaux se dégradent, ce qui représente des risques sanitaires non négligeables aussi bien pour le personnel scolaire que les élèves.
Le campus de Jussieu à Paris
Il s’agit là d’une très bonne illustration : ce campus s’étend sur environ 13 hectares et se compose, en autres, du “Gril d’Albert” et de la tour centrale. Il consiste en un ensemble de bâtiments universitaires construits sur le site de l’ancienne Halle aux Vins de Paris. La construction a commencé dès 1958, et au cours de ce chantier, l’amiante a été massivement utilisé, tout particulièrement sous la forme de flocages friables destinés à protéger du feu les structures métalliques intérieures.
Avec le temps, l’état des flocages amiantés s’est dégradé, si bien que non seulement ces éléments ne protégeaient plus du feu, mais qu’en plus, de la poussière d’amiante était libérée dans l’air. Après de nombreuses analyses réalisées sur site, des mesures de protection d’urgence ont été prises par les services du rectorat, menant à la mise en place d’un projet de désamiantage dès 1996 afin de préserver la santé de tous les usagers présents sur le campus.
Très vite, cette opération de désamiantage, s’étendant sur une surface de près de 300 000 m2, a pris une ampleur telle qu’on la considère comme le symbole de scandale de l’amiante en France. Il s’agit même du plus grand chantier d’Europe à ce jour.
Lisez donc cet article, où nous réfléchissons plus en détails à la problématique de l’amiante au sein des écoles : L’amiante dans les écoles : risques et solutions
Il est important de ne pas prendre l’exposition potentielle à l’amiante à la légère
Comme nous vous le disons plus tôt dans cet article, l’exposition à une quantité même minime d’amiante suffit à mettre la santé en péril. Il est donc important que chacun, à son niveau, prenne les précautions nécessaires, pour se protéger ainsi que protéger les autres ! Il s’agit là d’une véritable question de santé publique.
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