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Le Royaume-Uni propose un plan de désamiantage total sur 40 ans

Le Royaume-Uni propose un plan de désamiantage total sur 40 ans.

Au Royaume-Uni, le Work and Pensions Committee (WPC) [en français, Comité restreint du travail et des pensions] a récemment proposé un plan de désamiantage total des bâtiments publics et commerciaux, échelonné sur 40 ans. Si ce plan était adopté et appliqué, d’autres pays pourraient alors bien réfléchir à prendre des dispositions du même type.

En soumettant cette proposition auprès de la House of Commons [en français, Chambre des communes], le Work and Pensions Committee a ainsi pour objectif de mener le gouvernement ainsi que le Health & Safety Executive (autorité compétente en matière d’Inspection du travail dans les domaines de la santé et sécurité au travail) à inscrire ce projet dans l’approche globale de gestion de l’amiante appliquée en Grande-Bretagne.

Le Royaume-Uni fait partie de la soixantaine de pays à avoir, à ce jour, interdit tout usage d’amiante sur son sol. Or, aucun pays n’avait encore déposé une proposition de ce type, et cette directive avant-gardiste initiée par la Grande-Bretagne pourrait bien ouvrir une nouvelle voie.

“L’exposition à l’amiante au travail représente une des plus grandes tragédies des temps modernes. Au vu de l’usage massif ayant été fait de ce minéral au cours du 20e siècle, le risque d’exposition est aujourd’hui bel et bien réel” ; tels sont les mots de Stephen Timms, membre du parlement britannique ainsi que du Work and Pensions Committee.

Le Royaume-Uni vise un “niveau zéro” d’amiante

L’amiante est un minéral naturel qui a été massivement utilisé dans de nombreuses industries ; en effet, non seulement il présente une grande résistance à la chaleur, mais en plus, même mélangé à d’autres minéraux, l’amiante conserve ses propriétés.

Oui, mais, le revers de la médaille, c’est qu’il s’agit également d’un minéral des plus toxiques… En effet, on sait bien aujourd’hui que l’amiante représente un risque sanitaire majeur, puisqu’à partir du moment où des fibres sont inhalées, elles peuvent donner lieu à de multiples maladies telles que l’asbestose, le cancer du poumon ou encore le mésothéliome. Comme nous n’avons eu de cesse de le répéter sur ce blog, il suffit d’une seule exposition, aussi minime soit-elle.

Un rapport récemment publié rapporte non seulement que sur la totalité des bâtiments non résidentiels du Royaume-Uni, environ 300 000 contiennent de l’amiante, mais aussi qu’en 2019, 5000 personnes seraient décédées des suites de l’exposition à l’amiante. L’objectif consisterait donc à atteindre un “niveau zéro” d’amiante en Grande-Bretagne en procédant à un désamiantage total articulé autour de procédures plus sécurisantes et plus simples à appliquer qui reposeraient sur une réglementation stricte.

Pour comprendre toutes les étapes d’un projet de désamiantage, nous vous invitons à consulter ce guide complet sur le désamiantage.

Le Royaume-Uni trace les contours d’un projet d’éradication totale de l’amiante

L’interdiction de l’amiante en Grande-Bretagne a été promulguée en 1999. Dans les années qui ont suivi, le Control of Asbestos Regulations Act a été voté ; grâce à cet ensemble de lois, il a été possible d’améliorer les mesures de sécurité applicables autour de l’amiante.

Voici quelques unes des directives constituant la proposition récemment déposée par le Work and Pensions Committee :

– Favoriser la transparence auprès des personnes fréquentant des bâtiments amiantés et améliorer la communication leur étant faite autour de la présence d’amiante ainsi que des risques engendrés

Encadrer plus sérieusement les activités de mesures d’empoussièrement au sein des bâtiments non résidentiels

– Travailler conjointement avec les agences gouvernementales locales afin de réexaminer les résultats des analyses de l’air menées au sein des bâtiments contenant de l’amiante

Améliorer les procédures de diagnostic ainsi que la teneur des mesures à appliquer dans un souci de conformité au Control of Asbestos Regulations Act

– Faire appel à des entreprises de désamiantage certifiées, sélectionnées selon un protocole strict qui s’appliquerait à l’ensemble des projets de retrait d’amiante

Développer une stratégie viable autour de l’objectif du “niveau zéro” d’amiante, en accord avec le plan de retrait total d’amiante de tous les bâtiments non résidentiels sur 40 ans

Selon Timms, “miser sur une échéance de 40 ans afin de désamianter la totalité des bâtiments non résidentiels au Royaume-Uni permet de fixer un objectif concret. Il n’y a pas de temps à perdre, et chaque seconde compte”.

Le taux d’exposition à l’amiante en hausse au sein des bâtiments résidentiels

Au fil des années, au sein de secteurs professionnels tels que ceux du bâtiment, de la construction navale ou encore de l’exploitation minière, le taux d’exposition à l’amiante a tendance à baisser. En revanche, au sein des bâtiments résidentiels, c’est la tendance inverse qui est malheureusement observée. En effet, les nombreux logements truffés d’amiante qui sont sortis du sol britannique au cours des dernières décennies avant l’interdiction de ce minéral en 1990 commencent aujourd’hui à se détériorer et à nécessiter d’importants travaux de rénovation, voire de démolition.

Face à ce phénomène, le rapport du Work and Pension Committee appelle donc à “la mise en place d’une stratégie gouvernementale de retrait d’amiante sur le long terme”, mais aussi à une application plus stricte des procédures de désamiantage actuellement en vigueur.

Les États-Unis “à la traîne” sur la question de l’interdiction de l’amiante

Une réglementation encadrant l’amiante et l’usage en étant fait a bel et bien été mise en place aux États-Unis. Or, à ce jour, aucune interdiction claire et totale de l’amiante n’a encore été votée.

La US Environmental Protection Agency (EPA) a récemment proposé l’interdiction de l’usage de chrysotile, à savoir le seul type d’amiante encore importé au sein du pays. Cette proposition, qui s’inscrirait dans le Toxic Substances Control Act, marquerait une avancée réelle, puisqu’elle interdirait alors les activités d’importation de chrysotile ayant encore lieu aujourd’hui, de même que tout acte de production, de traitement, de distribution ou d’usage commercial pouvant être fait de matériaux contenant ce type d’amiante. L’EPA étude encore l’ampleur du risque posé par l’amiante encore présent ainsi que les autres minéraux similaires et a annoncé qu’aucun résultat officiel ne sera rendu avant la fin 2024.

Conclusion

Ainsi, avec cette récente proposition, le Royaume-Uni prend les devants et marque une première mondiale en tentant de mettre concrètement fin à un problème dont le niveau de gravité n’est plus à prouver.

Comme le dit le rapport du WPC, “l’importation, la distribution et l’usage d’amiante sont des activités qui ont toutes été interdites au Royaume-Uni il y a plus de 20 ans. Pour autant, il reste encore des bâtiments à désamianter. Attendre que l’état des matériaux contenant de l’amiante ne se détériore pour envisager leur retrait n’est pas une politique viable sur le long terme. Il est aujourd’hui temps, voire même urgent de mettre en place une autre stratégie, à grande échelle”.

En France, l’association Réso A+ milite également pour l’éradication totale de l’amiante depuis quelques années. Plus de détails sur leur site internet ici.