Les procédures de repérage amiante avant travaux s’étoffent un peu plus avec la publication de la norme AFNOR NF X 46-102 dédiée au repérage dans les ouvrages de génie civil, infrastructures de transport et réseaux divers. Jusque là, mener le diagnostic préalablement nécessaire à tous types de travaux pouvant être entrepris sur les enrobés routiers était une activité non réglementée. Or, dès publication de l’arrêté associé, qui semblerait être prévue pour 2021, il s’agira d’une obligation.
Pour découvrir plus en détail ce qu’est un enrobé routier, en apprendre davantage sur les produits dangereux pouvant figurer dans sa composition et comprendre en quoi consiste le diagnostic de ce matériau, nous vous invitons sans plus attendre à nous lire !
Les enrobés routiers : de quoi s’agit-il ?
Un enrobé routier, aussi communément appelé enrobé bitumineux ou béton bitumineux, consiste principalement en un mélange de graviers, de sable et de bitume faisant office de liant hydrocarburé. Appliqué en une ou plusieurs couches, il permet de constituer diverses zones de circulation telles que la chaussée des routes, des parkings ou encore la piste des aéroports.
Il est régulièrement nécessaire de mener des opérations de maintenance sur les infrastructures routières, pouvant par exemple se traduire par la régénération des couches de surface ou encore la réhabilitation des structures. Or, parmi les matériaux composant l’enrobé routier, on peut également très souvent trouver des produits, tels que l’amiante ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui représentent un risque pour la santé humaine.
Ainsi, lors de la réalisation de travaux, les ouvriers s’exposent à des poussières pouvant se révéler toxiques et générer l’apparition de maladies graves, comme nous avons précédemment eu l’occasion de vous l’expliquer dans l’article suivant :
L’exposition à l’amiante et les maladies qui en découlent
Quels sont les produits dangereux dans les enrobés routiers ?
L’amiante dans les enrobés routiers
Informations générales
Comme nous avons eu l’occasion de l’expliquer dans certains de nos précédents articles, l’amiante est une famille de fibres minérales naturellement présentes dans les roches.
Il existe 6 différents types d’amiante : le chrysotile, la crocidolite, l’amosite, l’anthophyllite, la trémolite et l’actinolite. Pour en apprendre davantage sur ces différents minéraux, nous vous invitons à vous reporter à un de nos précédent article :
Les types d’amiante les plus fréquemment utilisés
Toxicité et risques sanitaires
L’amiante présente certains avantages, tels par exemple que la résistance au feu ou l’isolation thermique et phonique, ce qui explique pourquoi ce matériau a été massivement utilisé dans le secteur du BTP ou encore des industries automobile et ferroviaire, avant que son usage ne soit officiellement interdit en France à partir de 1997.
Or, l’amiante ne représente pas que des avantages ; en effet, ses fibres, lorsqu’elles sont libérées dans l’air, sont invisibles à l’oeil nu. Une fois inhalées, elles se déposent dans les poumons, ce qui peut donner lieu à de graves problèmes de santé. Si l’exposition répétée aux fibres d’amiante intensifie le risque sanitaire, seule une faible exposition peut malheureusement suffire parfois ; en effet, la quantité respirée compte davantage que la durée ou la fréquence d’exposition. C’est ainsi plusieurs dizaines d’années après la première exposition que l’on note les effets néfastes de l’amiante sur la santé.
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les enrobés routiers
Informations générales
On peut trouver des hydrocarbures aromatiques polycycliques (souvent abrégés en HAP) dans le charbon et le pétrole, ou bien suite à la combustion incomplète de matières organiques (carburants, bois, tabac, etc…).
Les HAP sont très variés. En effet, ils se présentent sous la forme de divers mélanges de plus d’une centaine de composés différents, variant selon la source d’émission. Du fait de cette diversité, les HAP sont omniprésents dans l’environnement : eaux, sols, air, voire même alimentation.
Toxicité et risques sanitaires
Cela fait de nombreuses années que ces molécules sont étudiées, car elles montrent une importante toxicité. Biologiquement actives, lorsqu’elles sont absorbées par l’organisme, elles réagissent et se transforment sous l’action d’enzymes, prenant alors la forme de métabolites. Ces métabolites peuvent se lier à des molécules biologiques fondamentales, comme les protéines ou encore l’ADN, et donner lieu à des dysfonctionnements cellulaires.
Selon des données publiées par le Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion en 2005, l’exposition professionnelle aux HAP concernerait environ 1,6 millions de salariés en France, ce qui en fait une des premières causes de cancers professionnels.
D’autre part, les HAP ont été classés dans la liste des polluants prioritaires par l’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis (EPA US Environmental Protection Agency) en 1976, puis plus tard dans les listes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de la Communauté européenne.
Diagnostic
On a utilisé de l’amiante dans les enrobés routiers entre 1970 et le milieu des années 1990. Les HAP, eux, sont libérés lors du réchauffage du revêtement de la chaussée.
Ainsi, tous les enrobés routiers ayant été réalisés lors de cette période et nécessitant une intervention doivent absolument être diagnostiqués au préalable par un bureau de contrôle spécialisé. Cela permettra au maître d’oeuvre en charge des travaux de savoir si de l’amiante et/ou des HAP s’y trouvent.
En cas de présence de l’un et/ou de l’autre, la maîtrise d’oeuvre devra en tenir compte dans sa mise en place des travaux et adapter ses modes de recyclage. En effet, les enrobés routiers qui contiennent de l’amiante et/ou des HAP doivent être transportés selon des procédés stricts puis stockés dans des déchetteries prévues à cet effet.
Afin de pouvoir mener le diagnostic des enrobés routiers sur lesquels il souhaite intervenir, le maître d’oeuvre en charge du projet devra faire appel à un opérateur de repérage qui réalisera alors ce que l’on appelle un carottage ; il s’agit d’un type de forage d’exploration permettant de prélever un échantillon sous-terrain (aussi appelé carotte). Puis, la carotte alors prélevée devra être envoyée dans un laboratoire d’analyses accrédité.
La suite ainsi que la fin de la procédure dépendront des résultats des analyses :
– En cas de présence d’amiante : les intervenants sur les enrobés routiers devront s’équiper de manière adéquate ainsi qu’avoir suivi au préalable toutes les formations nécessaires relatives aux risques amiante. Une fois retirés, les déchets routiers amiantés devront être stockés dans une structure spécialisé. Nous vous invitons ici à en découvrir davantage sur la gestion des déchets contenant de l’amiante :
Quels sont les traitements possibles des déchets amiantés ?
– En cas de présence de HAP, les actions finales à mener sont relatives à la teneur dans les enrobés :
A. Teneur supérieure à 500mg/kg : le recyclage des enrobés étant interdit dans ce cas, les déchets doivent être stockés et traités dans un centre prévu à cet effet
B. Teneur comprise entre 50 et 500mg/kg : le recyclage des matériaux doit être effectué à froid et non à chaud
C. Teneur inférieure à 50mg/kg : on peut envisager un recyclage à froid comme un recyclage à chaud
Pour comprendre toutes les étapes d’un projet de désamiantage, nous vous invitons à consulter ce guide complet sur le désamiantage.


